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Ecrits Psy    

Écrits Psy

“ Les cris d'orfraie ”

Que l’on me pardonne ce mauvais jeu de mots à propos de l’écrit d’un philosophe médiatique, tout emporté à la besogne d’abattre une de ses anciennes idoles. Il suffit peut-être de renier pour se sentir libre.

Mais l’important est sans doute ailleurs.

 

Quelle injustice pour l’orfraie, imposant aigle piscivore, de voir ridiculiser sa majesté, alors qu’il est bien incapable d’émettre des sons impressionnants. Que dire alors lorsqu’on  en dénonce le ridicule en les trouvant injustifiés, exagérés et sans fondement ?

Pourtant, il faut reconnaître que l’innocent poisson qui se croit en sécurité parce qu’il est dans son élément doit être saisi d’effroi lorsque survient d’un autre élément un prédateur aquilin qui l’emporte à jamais.

Ainsi ne se méfiera-t-on jamais assez de ce que l’on ignore, et surtout lorsqu’on se croit tranquille.

 

Mais on lui a prêté ce cri, dit-on, à cause d’une confusion homonyme avec l’effraie, cette chouette au plumage clair. Celle-là vit la nuit, comme ses congénères, et elle voit sans pouvoir être vue. Volant sans un bruit, elle est guidée par celui des autres, et s’abat sur ses proies dans un élan fatal, et une surprise parfaite. Est-ce parce qu’elle se réfugiait dans des abris faits par les hommes, ou à cause de ses déjections, ou bien encore parce qu’elle symbolise tout ce qui nous guette à notre insu ? Mais le fait est qu’on ne cessa de la détruire, malgré ou à cause aussi de ses hurlements ; somme toute disproportionnés si l’on rend à l’animal sa simple réalité. Et puis enfin, elle semblait blafarde aux rares lueurs nocturnes, terrifiante apparition venant parachever une réputation détestable.

 

D’un côté ces cris d’orfraie, et de l’autre ce déchaînement des hommes, au nom du bien et de la lumière, ou encore du respect dû aux icônes ; la crainte de l’obscur nourrit l’obscurantisme, et la lumière d’hier doit continuer d’éclairer demain.

Cela suffit sans doute à ce que la survenue du nouveau soit détestable, y compris ce qui reste novateur d’une pensée d’hier.

 

Au fond, pas grand-chose de nouveau sous le soleil. Seulement la confirmation d’une tendance actuelle selon laquelle chacun doit rester à sa place et dans son élément, assujetti non pas à ce qui est, mais à l’empire de ce qui se voit et au détriment de ce qui ne se voit pas.

« Dormez tranquille, braves gens », comme disait l’allumeur de réverbère, l’inconscient n’existe pas.

 

Ne rêvez pas, quand même : On ne sait jamais !

 

 


Publié dans lettres d’information