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Ecrits Psy    

Écrits Psy

“ L'inachèvement ”

Que faisons-nous d’autre que de fomenter des échéances ? Planifier, voilà qui aujourd’hui devrait être l’antidote des avatars. Un projet, voilà ce qu’il faut, à chacun comme à tous. Sans projet, point d’avenir.

Depuis longtemps, la tendre enfance sans doute, nous avons été persuadés qu’il fallait mener les choses à leur terme, aller jusqu’au bout. Hors de cela commence la velléité fautive, indolente et quasi négligente. Il faudrait donc vouloir et tout ne serait qu’à ce prix. Prenons les choses en mains et nous verrons. En outre, il faut savoir ce que l’on veut. Et le reste ne ferait, quasiment, pas de doute. Point d’atermoiement, d’hésitation, ni ne suspens d’ailleurs. Laisser les choses en suspens ? Insupportable aboulie.

Non seulement nous devrions être actifs, mais pro-actifs, nous dit-on. Il faut être pro quelque chose. Il ne saurait être d’activisme, ni d’agitation aussi vaine qu’illusoire. L’oisiveté est mère de tous les vices alors que l’activité gage tout. Battons d’ailleurs le fer tant qu’il est chaud. Surseoir prélude à l’abandon. Activons, activons !

Aussi bien le chômage pourrait être scandaleux parce qu’il serait inaction, inertie, abandon fautif, de soi et du reste. Agir serait vertu et pas seulement remède.

Seule tolérance, le loisir, comme on reprend son souffle avant de repartir de plus belle. Pour où ? Comment ne le savez-vous pas ? Courez vers demain avant qu’il ne s’évade. Saisissez, non point l’heure propice d’un Lamartine passéiste et languide, mais les rênes de votre attelage. Ne buvez plus, ne mangez plus, ne faites plus feu qui dure, ne ménagez point votre monture puisqu’il faut franchir la ligne tant avant les autres que tant qu’elle existe encore avec le fruit à partager entre gagnants.

N’abandonnez plus ni ne vous abandonnez jamais ! Ni dans les bras de l’aimé(e) ni dans ceux de Morphée. Soyez vigile hormis le temps du seul repos nécessaire à la réparation, la remise sur pied.

Nous connaissons par cœur ces refrains pour les avoir ânonnés, entonnés, déclamés, mus par des certitudes dont triomphe inéluctablement le temps.

A moins que la vie ne soit, pour chacun, éphémère. Il ne s’agit point de se hâter mais d’être accessible au moment propice, perméable et disponible le cas échéant. Et, dans le même temps, cette même vie sera indéfiniment obstinée, au-delà de nous-mêmes. La végétation submergera le béton qui voulait triompher d’elle, abattra le temple construit pour l’éternité. Qu’une espèce ou une autre domine n’est qu’affaire de circonstance et d’opportunité. Nous ne sommes que vivants, au confluent où se rencontrent les influences qui nous dépassent, formant plus que des aléas puisque nous en dépendons, tour à tour nantis ou démunis.

Nous ne faisons jamais que tenter de nous construire pour, à peu près, le temps d’une vie, à partager et nourrir avec d’autres. Prospérer n’est que transitoire, tout comme mourir ; alors que ce qui nous en frappe est le caractère définitif. Pour chacun certes, et non pour l’ensemble ni l’espèce.

Nos convictions naissent de tant d’incertitudes comme notre force tente d’affirmer une existence dont nous ne comprenons le sens au point de ne cesser de devoir en forger un. Rien là que de nécessaire, aucunement vulgaire.

A n’être que sidérés ou béats, nous mourrions. Alors, autant faire les gestes, pour soi et les siens, pour être au monde, aménager l’espace-temps pour une ou quelques vies ; même si, la plupart du temps, nous serons détrompés. La vie, par elle-même, n’est jamais totalement serve. Elle plie et parfois succombe, pour qu’ailleurs et autrement en naissent d’autres formes.

La vie est inachevée et voilà notre meilleure raison d’espérer.

Les prophètes nous rassurent, autant qu’ils feront peur lorsque le temps passé aura montré l’inanité de leurs anathèmes, la vanité de leurs croyances. La vie est sans doute notre bien le plus précieux, mais aussi notre alliée, notre amie, et pas seulement notre matrice et notre nourrice. Nous ne faisons rien qui ne la serve, plus ou moins bien.

Certes, notre espèce s’est approprié l’espace de manière éhontée, a saisi le temps pour tenter de s’en rendre maître, n’aboutissant qu’à raccourcir et restreindre.

Le plus grand dommage ne sera pas tant pour la planète, qui survivra, du moins à notre échelle du temps, que pour nous, chacun de nous. Toutes ces mesures, ces discours qui nous mettent en garde contre nos émois, nos envies, nos tendance, tous ces discours qui promeuvent ce qu’il faudrait faire n’atteignent qu’à une chose, pauvrement simple : nous dissuader de nous-même, de notre lien profond au monde qui nous entoure qui est autant là pour nous que nous sommes là pour lui.

Cessons de pleurer l’éphémère parce que c’est le prix à payer pour que demain soit inédit, ouvert à ceux qui seront là, créatifs de leurs liens, leurs images et leurs actions avec et malgré sans doute quelques maladresses.

L’inachèvement n’est jamais que la condition du vivant.

Au bout, si existe un bout, je ne sais pas même ce qui sera. Mais qu’au moins ceux qui croient avoir une idée à ce sujet laissent libre le temps du parcours !

Publié dans billet d’humeur | 3 commentaires

3 commentaires

  1. Je trouve ce texte d'actualité à plusieurs niveaux ...1/ j'y vois une écologie, qui n'est pas insupportable mais rassurante pour chacun 2/ il me fait penser aux discours entendus sur la fin de vie.... ou il faudrait dire la "vérité" afin que le mourant ignorant puisse organiser son départ..mais si la vie est inachèvement....
    J'ai beaucoup aimé ce texte parce qu'il m'a ému (plus que je ne l'ai compris je crois), il est difficile ...
    Laugier Macuacua | Le 1 juillet 2015 à 18 h 41 mn | Permalien
  2. J'ai ressenti une profonde émotion à la lecture de ce texte en même temps qu'un très grand interêt.
    Ce qui me donne à penser qu'il atteint quelquechose du Vrai et du Beau. Et précisement du vivant.
    Après une première lecture "émotive", chaque relecture ouvre de nouvelles portes de réflexion.
    A cette époque où tout ou presque se légifère, se règlemente, et s'interdit par "nos" élus, à cette époque où l'on se réjouit de croiser des agneaux avec des méduses, à cette époque et même au delà de cette époque...
    Merci pour ce message d'espoir et de liberté (de pensée) !
    Cécile.
    Scheffer Cecile | Le 2 juillet 2015 à 7 h 29 mn | Permalien
  3. J'ai lu et relu ce texte passionnant qui stigmatise ,pour ce que j'en ai compris, le refus de la permanence .Rester acteur de sa propre vie ne s'improvise pas mais se recherche et n'est pas toujours facile surtout pour ceux qui érigent la paresse et le renoncement comme première religion. Ce serait bien que le bon reste comme il est ,toujours ,sans que le moindre effort du bénéficiaire soit déployé. Accéder à l'action qui devient vitale , s'en pénétrer et l'appliquer représente un challenge de haut niveau pour l'individu moyen
    Daveau Jean Marie | Le 3 juillet 2015 à 9 h 47 mn | Permalien

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