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Ecrits Psy    

Écrits Psy

“ La ficelle et la sauce ”

En substance, la différence qui me préoccupait revient à une lettre de différence, ou deux, entre deux mots:

- Le lien

- Le liant

Le premier est à la ficelle ce que le second est à la sauce.

De nos jours, on goberge volontiers sur le manque de lien, de solidarité, tout prêt à se rassurer d'un élan de sympathie suivant une catastrophe. Comme si l'émotion avait vertu de durer. Comme si le mouvement spontané devait faire souche. On nous bassine avec l'émotion du début janvier comme si tout d'un coup s'unissait "le peuple de France". La solidarité consiste en un ensemble dont les parties se tiennent entre elles, et non dans un raout d'indignation, si louable soit-elle.

Il n'y a tout simplement aucun rapport. Prendre ses désirs pour des réalités aggrave la confusion. Confondre l'humain, ce qui lui est propre, avec ce qui le rattache à ses congénères procède plus, comme on dit, de la faute que de l'erreur.

Car figurez-vous que la haine est humaine, tout comme l'excès, l'ostracisme et la peur. Que voulez-vous qu'y fasse l'anathème, hors l'avantage qu'il procure à ceux qui le profèrent de pouvoir se compter?

D'autres choses aussi, sont humaines. Faire le tri entre ceci et cela n'a pourtant guère de sens. La haine d'hier conduit parfois à la raison, tout comme l'oubli souligne l'importance de la fidélité. Jamais une chose ne vaut sans son contraire puisque l'espace entre les représentations est celui du monde réel.

Je reviens vers ces deux mots, si proches et si éloignés, comme deux frères distraits de leur origine par la quête assidue de l'avenir qu'on leur fait miroiter.

Il ne s'agit pas d'un manque de lien, dans ces exacerbations d'hostilité. Bien au contraire, la cultiver, la décupler, l'agir se vit par les impétrants comme fraternité, union; mais une union défensive qui en appelle aux armes. Le lien serait plus fort, voire le plus fort.

Du reste, aime-t-on moins sa mère, son père, ou ceux que l'on rencontre? Perdons-nous même les liens dont nous méconnaissons l'importance?

Cela reste à montrer, même si les tentations d'aujourd'hui exaltent ce que nous "pourrions" avoir, obtenir ou atteindre.

Le lien peut être étroit, et même serré, comme sur une gorge, ou en un noeud que l'on ne défera plus, et dont on ne se libèrera qu'en le coupant.

Non, ce n'est pas de liens que nous manquons, à commencer par tous ceux de notre dépendance.

Nous manquons de liant. Tout comme ces sauces qui s'obstinent à ruisseler, dispersant une saveur sur le fond de l'assiette où elles refroidiront, nous manquons de liant. Notre faculté d'attachement souffre de notre manque de tenue. Nous ne tenons plus à l'autre, et, croyons-nous, lui tiendrait moins encore à nous.

Nous savons bien pourtant combien se défait le roti dont on coupe la ficelle. La cuisson ne fait pas toujours miracle. Alors que l'onctuosité d'une sauce ignore la séparation.

C'est le mystère de la formation de la matière, de la consistance qui devrait nous interroger. Nous manquons d'épaisseur, de consistance.

Lorsque je formule cela, ce n'est à aucun individu que je pense, mais tout simplement au rapport social, qui pâtit au premier chef de ce manque d'adhésion et d'adhérence, comme vous voulez.

Ce qui me semble le plus malade aujourd'hui, c'est le collectif, co-lectif devrait-on dire même pour en rappeler le sens. Alors, nous substituons à ce défaut d'attention et d'intérêt la fulgurance sensation-nelle.

Ainsi nous fait-on croire que l'on va "vivre" un évènement auquel on assiste. On attribue à chacun une place illusoire, mais on ne peut pour autant en conférer les avantages réels, ni aucun éprouvé. On ne peut, au mieux, que virtualiser la sensation pour en désapprendre la réalité. 

La communauté, le sens de la communauté se travaille, requiert du temps et des investissements partagés. Et sans doute est-ce de cela que l'on se détourne aujourd'hui où l'on nous distrait d'être là où nous sommes, pour regarder alentour, et parfois nous y arrêter.

Dans la cuisine écolo où on veut tout nous faire bouffer cru pour raison de régime, ce qui me manque le plus est un maître-saucier.

Publié dans billet d’humeur | 2 commentaires

2 commentaires

  1. C'est très réconfortant de partager la consistance d'un propos dans un contexte où tout se confond, se fond, où les mots n'ont plus aucun sens puisqu'il n'y a qu'immédiateté, images et"confusion des sentiments".
    J'ai envie de dire "Bravo", même si c'est un peu sommaire.
    Cécile.
    Scheffer Cecile | Le 2 décembre 2015 à 8 h 15 mn | Permalien
  2. Un régal de lecture cette pensée " au-dessus de la mêlée " . A savourer !
    Geneviève
    Petit Geneviève | Le 2 décembre 2015 à 11 h 53 mn | Permalien

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