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Ecrits Psy    

Écrits Psy

“ Sous couvert d'expérimentation ”

Les psychologues, désormais seuls à représenter les non-médecins depuis la proscription des ni-ni, seraient bientôt autorisés à recevoir des adolescents, de 6 à 21 ans, dans leur pratique libérale.

En cela rien de nouveau. Hormis le fait que ces séances donneraient lieu à remboursement par la Sécurité Sociale. Du moins est-ce un projet actuel initié sous l'égide de l'actuel ministère de la Santé.

Constatons la réaction hostile, opposée avec détermination, des syndicats de psychiatres et, plus largement, des médecins.

La Sécurité Sociale est en effet un pactole, et les médecins en détiennent les clefs. Donneriez-vous accès à d'autres à votre tiroir-caisse ?

Ce qui aurait poussé le ministère serait le constat d'une souffrance des jeunes, en mal de consultation butant sur des accès engorgés.

Quelle farce et quel mensonge se cachent derrière ce constat ?

Aujourd'hui, la consultation gratuite peut se faire auprès des hôpitaux, voire des urgences et, plus simplement auprès des Centres-Médico-Psychologiques. Et encore, je ne tiens pas compte des divers organismes et associations qui, contractant avec les institutions psychiatriques ou psychiatrisées, offrent les services de psychologues avec le minimum de contraintes, tout comme des services de psychiatres, au moins lorsqu'ils jugent bon de ne pas recourir à la sous-traitance.

Voilà pour la farce !

Le mensonge, lui, est ancien et toujours le même, depuis plus de soixante ans : Il faut préalablement faire un diagnostic, en particulier en termes de santé mentale.

Amusant, non ? Comme si des psychologues formés à la psychopathologie et travaillant pour la plupart d'entre eux en collaboration avec des psychiatres n'avaient aucune notion en la matière ! Et, en particulier, comme si des médecins généralistes, devenus spécialistes comme les autres, avaient de la psychopathologie une expérience comparable !

Mais il va de soi que la vertu n'est pas plus du côté des psychologues que des détenteurs du pouvoir exclusif de prescrire. Tout comme il ne suffit pas plus d'être pauvre pour être vertueux que d'être nanti pour être vicieux.

Si l'on devait être sérieux, Dieu nous en garde !, on pourrait se poser à nouveau une question simple :

Que signifie la notion de remboursement ?

Au premier niveau, on ne peut ignorer la dimension assurantielle : Qui cotise pour une assurance a droit à la prestation concernée. Et il y a même des assurances tous risques. Avec la limite qu'on ne rembourserait sans doute pas celui qui serait l'auteur du dommage dès lors qu'on pourrait en incriminer la responsabilité, voire l'intention. Quoique !

A un autre niveau, on retrouve la question du sens, qui rejoint la position de victime. Doit être indemnisée une victime, toute victime.

La psychiatrie exonère de longue date les malades de la notion de faute. Et ce fut une victoire humaine considérable. Où en sommes-nous aujourd'hui ? Nous disons désormais malades tous ceux qui souffrent. La souffrance serait devenue signe de maladie, rompant avec sa propre histoire qui en fit le signe du danger, de la menace.

Peut-on seulement se complaire en constatant l'augmentation de la détresse des jeunes alors que jamais les moyens n'ont été aussi grands, ni si différenciés pour leur offrir des aides ? Est-ce à croire que ces aides sont vaines, inefficaces ?

En fait, la question masquée par la question du "gratuit", du "remboursé", du "payé par tous", est la question du réel. Doit-on être défrayé de tout dommage concernant le télescopage avec le réel ?

Les adolescents sont en effet de plus en plus exclus de la réalité. N'est-ce donc sans rapport avec la notion de réel ?

Le réel, de nos jours, n'a plus cours. Voilà pourquoi on tend à exonérer de plus en plus, toujours et partout, ceux qui y achoppent.

L'humain de nos jours est inapte au réel. Il en devient victime. L'exclusion devient factuelle, et donc inhumaine au sens de moins en moins humaine.

Mais, dans le même temps, dès lors qu'intervient le supplétif mandaté et dûment remboursé, il convient de constater que le tiers, effectif et conséquent, est mort. A sa place, on met un tiroir-caisse.

Le pactole, c'est bien connu, n'a pas de limite.

Que les psychologues deviennent aussi dépendants que le sont les médecins du "tous frais payés" ne m'importe guère. Bienvenue au partage et à la fête.

Si je me réfère au sens du texte de Freud sur "l'analyse profane", je m'interroge sur l'effet de castration que produit le réel sur celui qui, détrompé de ses illusions, vacille. La blessure est souvent la conséquence du refus de la désillusion.

Ah, j'oubliais !

De nos jours, la castration est interdite !

Au club des dépendants, on vous invite : les uns au buffet, et les autres au service.

La perte du sens est assurée dès lors qu'on en abolit le préalable : le choc de la rencontre du réel !

Publié dans billet d’humeur | Laisser un commentaire

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