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Ecrits Psy    

Écrits Psy

“ Génèse et structure ”

Freud, Piaget, Wallon, Janet dans une moindre mesure, mais aussi les auteurs d'échelles de mesure de l'intelligence, tous ont approché la constitution du psychisme à la manière du naturaliste. Pour comprendre, tout comme un Henri Fabre, il faudrait inlassablement observer et décrire, et en particulier la formation de la vie que l'on observe, de la naissance à la mort de chaque individu, de la constitution au devenir de leur ensemble, voire leur espèce. Ce fut aussi la démarche de la médecine clinique, comme de la biologie.

Les échelles de mesure de l'intelligence, peu à peu décriées, parfois honnies, procèdent pourtant de la naissance d'un espoir : Connaître les étapes de la formation, du développement, c'est le rendre accessible à tous ; dans l'intention au moins, ou la réflexion sur cette possibilité. Situer quelqu'un par son degré dans une échelle, c'est prendre la mesure de ce qui reste à faire afin qu'il se déploie au mieux. Cependant, des catégories se sont formées, enfermant ceux que l'on y mettait.

Par définition, toute échelle est verticale. Elle induit donc des notions de hiérarchie et de valeur. On ne juge pas l'huile meilleure à l'eau parce qu'elle y surnage, mais on nomme "élite" la crème qui se forme selon le savoir, la compétence, la réussite ou autre. Dans le même esprit, les moins bien lotis se voient identifiés comme tels, mis à l'écart du possible.

L'intention pédagogique, née de la volonté de rendre accessible, se gauchit souvent par la valorisation de la performance.

Comme souvent, on découvre à postériori qu'un postulat et une hypothèse ne sont pas sans arrière-pensée, répliquant malgré eux des modèles implicites. A son propre insu, une certaine idée des choses imprègne notre esprit alors que l'on croit les aborder sans préjugé.

Le modèle génétique, l'approche de la compréhension par l'observation du développement, a fini par avoir des accents de déterminisme. Un peu comme on préjuge du devenir pour des raisons génétiques. Le modèle se ferme peu à peu.

En outre, l'épigénèse, pourtant majeure chez l'humain, cet être qui reste le plus longtemps inachevé, cet être qui est donc le plus lent à se former, à devenir adulte, finit implicitement repoussée. Les aptitudes procèderaient d'un en-soi, et peu d'un autour de soi. Alors que, justement, on ne cesse de démontrer l'importance du milieu par les modèles qu'il transmet, qui tendent toujours à devenir normatifs.

Cette approche développementale se heurte à l'écueil d'un pédagogisme qui isole les catégories au lieu de s'interroger sur les phénomènes ségrégatifs qu'elles expriment.

Ainsi finirait-on par dire naturel un état des choses, et l'on finirait par le dire intangible.

La difficulté vient d'une généralisation abusive, quand bien même l'intelligence a besoin de former des catégories pour avancer. Ainsi naît une objectivation que les choses n'auraient pu être autrement que ce qu'elles sont.

Cette approche naturaliste, développementale peut ainsi paradoxalement aboutir à la catégorisation précoce. Une forme perverse en est l'idée de prévention qui demande une sorte de catégorisation avant l'heure, ne doutant aucunement de la prédictivité du devenir.

Plus encore que dans la physique, l'observateur fait partie du monde qu'il observe, sa présence modifiant à son insu ce qu'il croit distinct de lui alors que son ombre portée finit parfois par l'accaparer tout entier.

Les catégories conçues par la psychanalyse ne pouvaient échapper à cet écueil, tout comme la médecine d'ailleurs, dont une des raisons d'être était de faire un pont entre la psychopathologie et la nosographie.

Si la médecine comporte une tentative d'objectivation causaliste, en accord avec son objet, ce ne peut être le cas de la psychanalyse qui est une pratique, une pratique clinique, et nullement un outil d'investigation.

Lorsque Freud découvre le transfert, il désigne justement un artéfact outrancier dont l'acceptation permet ensuite une interrogation féconde. Le transfert vient de surcroît, envahit l'espace où il constitue peu à peu un autre espace, particulièrement subjectif.

La psychanalyse implique donc la mobilité, le mouvement. Du reste, le terme même de transfert le signifie implicitement. Son but est la formation de l'inédit à partir de l'épreuve de la répétition. Elle a donc besoin d'un modèle ouvert de réflexion, tant il est vrai que nul ne peut échapper à la fixité de ses propres processus de pensée, et ses représentations.

 

Vient alors le structuralisme, dont l'objet est au fond de comprendre comment l'interaction caractérise un système global, dont rien n'est véritablement isolable.

Freud est d'une génération antérieure. Il a approché les choses selon la compréhension "analytique" de son époque, et non "synthétique". Le structuralisme est, lui, essentiellement affaire d'ensemble.

Notons bien cependant qu'il ne s'agit pas ici du structuralisme comme tel ni pour lui-même, mais du recours à ce système de compréhension pour aborder, concevoir la formation du psychisme.

On pourrait référer au travail de Levy-Strauss (après tout, l'antrhopologie n'est pas si éloignée) pour voir comment la méthode s'écarte délibérément de tout emprisme, réfutant par avance toute intuition.

Un symbole, un mythe est décomposé dans les éléments qui le constituent, mis en pièces. Puis, les différentes versions du mythe sont juxtaposées en autant d'inventaires où l'on scrute analogies et différences, tant dans les éléments que leur manière de s'agencer.

Ainsi arrive-t-on à un corpus, où l'unité d'un mythe en autorise différentes versions. Aucune n'en est plus vraie, plus juste ni plus définitive. Le structuralisme analyse un système.

En un sens, le structuralisme n'a pas d'état d'âme. Il use de statistiques et de proxémie.

Les approches systémiques ont tenté d'apporter à la psychopathologie l'ouverture qui pouvait manquer. Hélais, elles ont fini par se compromettre dans des théories familiales, déplaçant le centre d'intérêt de l'intrapsychique à l'interpsychique. On arrive ainsi à une description de phénomènes, une phénoménologie, qui devient par nature négatrice du transfert.

Or, le transfert, s'il provient de l'échec et la répétition, comporte aussi une forme de créativité, quand bien même cela échappe à l'intéressé. Mais cela devrait ne pas échapper au psychanalyste, pas plus qu'au "psy" d'ailleurs.

Le transfert n'est pas seulement un "mécanisme". Il s'agit d'un processus qui rend actuel et présent ce qui fut. Voilà qui met à pied d'oeuvre, et non au service du passé, comme le croit un malentendu fréquent. Freud ne se privait pas de dire qu'on ne travaille que sur ce qui est présent, "ici et maintenant". Le transfert permet et conditionne la possibilité curative. Même si tout ne va pas de soi.

 

A soi seul, et malgré sa novation, très en accord avec les disciplines et sciences environnantes, le structuralisme n'est pas, pour le clinicien, exempt de défaut, puisqu'il peut conduire à une sorte d'objectivation "phénoménale" - ici dans les deux sens du terme.

Cependant, entre naturalisme - ou théories génétiques et développementales - et structuralisme, les obstacles les risques ne sont pas les mêmes ; de sorte que l'on peut référer à une approche pour s'extirper des chausse-trappes de l'autre.

Le transfert, à l'aune du stucturalisme, devient un système où les deux vis-à-vis sont, en quelque sorte, co-acteurs et co-auteurs de l'histoire particulière qui les lie. Par delà les appellations, dont chacune a pourtant avantages et inconvénients, transfert et contre-transfert deviennent constitutifs d'un processus dont la pensée n'est qu'un des aspects. L'important réside sans doute dans la possibilité de découvrir chemin faisant, sans pour autant sombrer dans la confusion entre soi et l'autre.

Comme le suggère l'adage, l'histoire se répète plus et mieux encore lorsqu'on l'ignore. Ce n'est pas une formule magique ni incantatoire. Il s'agit simplement de convenir que l'on ne peut répondre à une chose qu'en en acceptant l'existence et la réalité consistante.

Et, dans le cadre de la psychanalyse, il y a au moins trois histoires, ingrédients nécessaires au transfert :

- celle de la personne

- cellle du psychanalyste

- et celle enfin qui se noue entre eux et deviendra l'histoire de la cure.

Je laisse de côté que toute histoire implique l'ensemble de ses protagonistes : à savoir que l'histoire de chacun procède de l'antériorité d'une histoire familiale et donc poly-subjective.

Ainsi, lorsqu'on moque Freud, victime lui aussi de son histoire et ses a-priori, on se complaît dans la croyance de n'être pas soi-même tout autant déterminé que lui.

Quoi qu'il en soit, la difficulté demeure de penser un processus qui nous implique. Là, le structuralisme est un appui.

 

Dans la psychanalyse, il me semble que l'on doit à Lacan une approche structuraliste de la psychanalyse. Encore qu'il ne s'agisse pas ici d'enfermer ce "freudien" (comme il se revendiquait) notoire dans cette seule et unique dimension.

Sans doute d'ailleurs ne peut-on comprendre le prolongement qu'il apporte sans s'attarder sur Winnicot, qui a notablement insisté sur l'importance de la structure familiale et le rapport à la mère ou, plus justement, l'imago maternel.

Suivants de Freud, les deux praticiens et théroricens en ont actualisé les méthodes, mettant en garde contre toute systématisation.

 

Force est aussi de se souvenir de l'Histoire, la grande.

En effet, nombre de "psy" ont été interloqués par la découverte de ce qu'on peut faire faire à des hommes en les intégrant à une structure qui les implique en les déresponsabilisant. Le phénomène concentrationnaire, puis la déshumanisation du massacre des jufs d'Europe (appellation de Raul Hillberg) ont conduit bien des psy à s'interroger sur la dépendance, la parte ou l'absence de conscience, la morbidité, le déni, le sadisme... etc.

D'évidence, il y avait dans ces processus des effets de structure. Comment aurait-on pu obtenir de pareilles horreurs sans une structure fortement prévalante, arrivant de surcroît à une sorte de déculpabilisation généralisée.

La psychanalyse, comme d'autres théories d'ailleurs, ne pouvait être la même avant et après la seconde guerre mondiale. Difficile de concevoir l'éclosion de l'anti-psychiatrie sans celà. Du reste, le terme d'anti-psychiatrie fait problème, dans la mesure où il ne s'agissait au fond que de la différenciation nécessaire à la psychiatrie pour aborder son objet. Rappelons qu'une psychiatrie quasi-carcérale reproduisait un enfermement que l'on tentait à grand peine d'humaniser.

Mais aussi, il ne suffit pas de prôner l'indidvidualité, ni l'individualisme, pour mettre en échec la systématisation mortifère.

Devenir soi n'a aucun rapport avec n'être que soi. L'égotisme n'est pas un aboutissement de l'être, mais son écueil constant. Laissons de côté toute cette affaire qui concerne les devenirs du narcissisme !

 

Le psychanalyste, ou le "psy" d'aujourd'hui dispose d'un outillage aussi stimulant que décourageant. Lorsqu'on se trouve devant l'immensité et la diversité d'une bibliothèque, on ne peut qu'être impressionné, au risque de s'en trouver découragé.

En outre, faire oeuvre de culture ne garantit pas l'ouverture d'esprit. Et donc l'accession à la capacité de s'ouvrir à la mobilité du transfert reste aussi délicate. Plus même si l'on songe que des érudits risquent de se croire au fait d'une pratique qui, si elle existe, doit être toujours neuve pour être novatrice.

 

Curieusement, alors que l'enrichissement de la réflexion en ce domaine n'a sans doute jamais été aussi large, on voit revenir en force des théories behavioristes, hâtivement recostumées.

 

La pensée ne suffit pas à modifier l'esprit qui s'y hasarde, pas plus que l'outil ne suffit à former l'adresse de l'artisan.

 

Conclure ici n'a pas de sens. S'il était un but, ce serait d'ouvrir.

Rappelons en dernier - le dernier n'est pas le moindre - la manière dont Freud, en son temps procédait. Tout au moins la manière dont il a tenté d'agencer la pensée afin qu'elle ne se referme pas :

La première dimension de son travail constituait le versant économique. Il s'agissait d'inventorier les puissances à l'oeuvre, leur poussée et leurs nécessités.

La deuxième dimension concernait la topique. Ainsi Fraud affirmait, comme en physique d'ailleurs, que les forces ne sont rien si l'on méconnait le dispositif et les dispositions où elles s'appliquent. L'état des lieux doit être envisagé.

Le troisième versant aboutissait à la dynamique. Car les forces et la manière dont elles s'appliquent ont pour résultat un mouvement. Et chaque mouvement modifie l'état antérieur, tant économique que, parfois, topique.

Ainsi Freud, une fois encore, a défini une triade, une compréhension à trois termes. Sans doute était-ce pour lui un moyen pas de terme prématuré à la compréhension.

Rien, cependant, ne peut distraire de l'analyse de la formation des choses.

A vrai dire, elle peut sembler interminable. Alors qu'en réalité, c'est l'intelligence humaine qui n'a pas de fin.

Publié dans article, sémiologie, psychopathologie, psychanalyse | Laisser un commentaire

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