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Ecrits Psy    

Écrits Psy

“ Parent pauvre ”

La psychiatrie figure par nature en bonne place dans la liste des parents pauvres. Pourquoi payer pour des fous ou désaxés ?

Les dépôtoirs d'il y a deux siècles sont devenus asiles avant de trouver place dans l'hôpital. Cela va avec l'idée d'une possibilité de soin.

Les moyens de ce soin ont commencé, disons-le, par être barbares. Pensez à la "douche écossaise", et à d'autres traitements de chocs improvisés selon les idées, parfois loufoques, du temps.

La psychiatrie s'est construite en même temps que l'idée de maladie mentale. Dès lors, la recherche des causes prenait sens. Et le débat n'a toujours pas cessé entre une causalité médicale, physiologique, et pourquoi pas génétique, et une causalité inter-psychique mettant en cause les relations de l'intéressé avec son entourage, et son histoire en son sein.

La deuxième guerre mondiale, avec sa débauche de morts et d'inhumanités en tous genres, a au moins eu le mérite de susciter des questions sur les effets délétères que le contexte pouvait avoir sur les conduites humaines : des bourreaux aux victimes.

En France, la sectorisation visait à revenir en arrière sur la mise à distance des "fous". Les hôpitaux psychiatriques, spécialisés, étaient volontiers mis hors des villes, à la campagne ou plus loin ; sans avoir l'excuse que le bon air soit curatif par lui-même. Peu à peu, on les intégra à l'hôpital, la maladie mentale essayant de devenir une maladie comme les autres... avec un succès modéré, disons-le.

Les décades de l'après-guerre ont connu une période faste, dans la conviction que l'entourage soignant était lui-même un vecteur de soin, sinon le principal. La relation était le premier outil de soin. Cette idée reprenait la même réflexion que celle de la causalité psychique.

Et puis, comme on n'arrête pas le progrès, la pharmacopée a apporté sa logique, et ses produits. Massifs, tout d'abord, ils suscitaient réserve et circonspection. Le soin relationnel s'en trouvait parfois adversaire.

La "camisole chimique" a peu à peu évolué jusqu'à une différenciation de produits visant à modifier tel comportement, ou tel autre. Le ciblage s'est précisé... avec un succès croissant.

De sorte qu'aujourd'hui la médicalisation du soin psychiatrique atteint des sommets, même si elle ne renoue pas obligatoirement avec diverses formes de violences du soin. Rappelez-vous "Vol au-dessus d'un nid de coucous".

A notre époque où tout doit être rationnel, comme si la psychiatrie (comme le psychisme d'ailleurs) pouvait l'être, et efficace, comme si le mal-être pouvait se gérer, l'idée que la relation puisse être le premier moyen du soin est nettement tombée en désuétude.

A preuve que le "malaise des hôpitaux", puisqu'il y en a un depuis longtemps, culmine dans la psychiatrie qui redevient un univers de gardiennage, après avoir mis si longtemps à en sortir.

S'agit-il là d'un mal isolé, la psychiatrie retombant à nouveau dans l'ornière ?

Parmi les métiers que Freud réputait impossibles, à côté du soin, il y a l'éducation.

Qui aujourd'hui interroge la relation entre enseignants et élèves, alors que c'est le premier et inévitable vecteur de la transmission ?

D'insupportables supporters de l'intelligence artificielle - la leur sans doute - promettent des programmes rationalisés, un enseignement systématisé par écrans interposés.

Au fond, on devrait se féliciter d'une nseignement sans enseignant au même titre qu'une cuisine sans cuisinier.

Le fast-foof s'accommode mal de l'intelligence.

L'intérêt du parallèle avec l'école résulte de l'opposition que chacun fait, sciemment ou non, entre cette exigence de l'avenir et la résignation que l'on pourrait avoir envers l'incurabilité, ou le soin au long cours.

Tant qu'il s'agit de marginaux, que la distance d'avec le monde commun s'accroisse indispose peu, et un petit nombre.

Pourtant, le risque de paupérisation normalisée est le même.

Osons dire que le harcèlement des procédures abêtit, appauvrit et démotive.

Et, lorsque les "procédures" visent l'humain lui-même, il y a urgence.

Hélas ! Les services du même nom sont eux aussi débordés et en crise. Car, lorsqu'on ne sait plus où aller, on finit aux urgences.

A force de ne plus savoir où on va, on risque de s'y donner rendez-vous.

Publié dans billet d’humeur | Laisser un commentaire

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