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Ecrits Psy    

Écrits Psy

“ Perverse ”

 

Perverse

 

Ourlées par le désir me hantent tes lèvres

Autant que ton regard débordant et blessé

Fouissant en mon passé d'où ressurgit la fièvre.

J'ai aimé ; j'ai pleuré ; et n'ai rien amassé.

 

Toi qui as tout perdu tu retrouves sans cesse

L'ardeur du désespoir où tu te reconnais

Fulgurante passion dont tu te veux maîtresse

T'offrant en possession dont la rage renaît.

 

Les rondeurs de ton corps appellent la caresse

Parées de la moiteur d'un charme sulfureux

Et l'âme, et la main que le désir empresse

Ouvrent leur dénuement aux élans amoureux.

 

Et la vie de l'envie brûle ; et puis déferle

Et tu te désaltères de ce qui m'eût détruit

Suintante d'amour ta candeur étincelle

Hissée au firmament d'où tout réel s'enfuit.

 

N'es tu pas la première à refuser de choir

Dans un ailleurs tremblant où l'autre nous protège,

Où l'autre nous conduit, risquant de décevoir ?

L'abandon consenti est le seul privilège.

 

Et tu ne seras pas là où je t'espérais.

Tu me sauves ; me tue, fascinante double.

Es tu celle qui sauve, qui réveille ou qui crée ?

Muse ou égérie, ton effluve me trouble.

 

Es tu là, ou ailleurs ? T'ai-je aimée ou haïe ?

T'ai-je seulement vue sous l'empire des sens,

L'emprise du désir ? Présence évanouie,

Miraculeuse ardeur sombrant dans une absence.

 

J'avais cru un moment que nous étions adultes

Que le plaisir des corps enfin libres s'ouvrait.

Ces vaniteux espoirs n'étaient qu'autant d'insultes

A l'enfant qui, à son insu complice, s'offrait.

 

La violence n'est pas de stupre ni d'orgueil,

Ni d'un libertinage feignant d'être éclairé ;

Ni dans une érotique muée en trompe l'œil,

Pas plus d'avoir été l'un à l'autre affairé.

 

C'est quand on ne croit plus qu'est le désir de croire

Et nul n'est éveillé de ses rêves déçus.

Comme s'il se pouvait que le désir de gloire

Trouve sa vérité dans l'âme des vaincus.

 

L'effraction est ici à s'être voulus libres

Au lieu de s'avouer de vieux enfants blessés

Aux jeux désabusés dont l'ennui les enivre.

Que c'est long à mourir les enfants délaissés !

 

Il y faut une vie que l'on dira leur chance

Et qu'ils épuiseront à n'en pas disposer.

De drames méconnus ils n'auront délivrance

Qu'en sombrant chaque fois qu'ils auront pu oser.

 

Ces regards pénétrants aux larmes desséchées

Scrutent la vérité dans une cécité

A l'autre inavouée. Et les douleurs passées

Passeront pour lumière, aura de vérité.

 

Tu vois, tu m'as détruit. Ou je l'étais déjà.

L'un à l'autre s'offrait, et chacun s'ignorant.

Je sais, je t'ai trompée, et ne le savais pas.

Chacun s'énamourait, l'un l'autre dévorant.

 

Nervures décharnées des feuilles sous la pluie

D'où les gouttes s'évadent sans les avoir nourries.

L'arbre essaie de lutter contre la maladie

Erodant une âme d'où la sève s'enfuit.

 

Et l'arbre n'est si beau qu'aux soirs de forts orages.

Contrastant sur l'éclair son tronc majestueux

N'est qu'une ombre noircie qui retient en otage

L'illusion d'un passé en vain impétueux.

 

Et si Morgane un jour est venue à son pied

Apportant avec elle un printemps fallacieux

C'était en souvenir d'une ancienne forêt

D'où avaient disparu tous les instants radieux.

 

Un arbre est sans mémoire car il est la mémoire.

Son écorce griffée de trompeuses promesses

Laisse voir son aubier sous le frêle écritoire.

Et le géant rompu ignore la faiblesse

 

Qui l'emportera, lentement, et sûrement.

S'il devait advenir qu'un obscur bûcheron

Avant qu'il soit pourri abatte le titan,

Il lirait ses années au cœur de l'abandon.

Publié dans poème, adulte, psychopathologie, psychanalyse | Réagir | Commentaires fermés