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Ecrits Psy    

Écrits Psy

“ Libres propos sur la douleur et les soins dits palliatifs à l'hôpital ”

Libres propos sur la douleur et les soins dits palliatifs à l’hôpital…

Dans les années 90 l’OMS propose une nouvelle définition de la santé " état complet de bien être physique, mental et social et ne consiste pas seulement à une absence de maladie ou d’infirmité ".

Cette nouvelle définition promeut le bien-être total comme un état qui devrait être accessible à tous, voire un droit : la santé.

Dans ce même mouvement, en 1994 le ministère de la santé se mobilise pour une meilleure prise en charge de la douleur, fin 1998 B.Kouchner met en place des mesures qui vont faciliter l’accès aux stupéfiants dans les services hospitaliers, entraîner la création de livrets d’information pour les usagers, développer des formations pour les soignants, favoriser l’utilisation d’outils d’évaluation (EVA(1),QSA(2)…), créer de nouvelles unités mobiles ou fixes de soins palliatifs …

La douleur commence à avoir une existence autonome, elle est appréhendée en tant qu’entité, elle commence à n’exister que par elle-même. Elle est de moins en moins interprétée comme un signal d’appel, comme une manifestation nécessaire à la vie, la simple et terrible expression perceptible d’autre chose. Rappelonsici que les personnes qui souffrent d’une insensibilité congénitale à la douleur dépassent rarement l’adolescence et meurent prématurément d’infections généralisés par non perception douloureuse de l’état infectieux antérieur.

A l'hôpital a douleur est évaluée et traitée comme de la fièvre sans qu'elle soit pour autant de même nature, sur les services l'EVA se généralise. Notons que la capacité d'abstraction que mobilise un tel outil chez le patient le rend de fait peu utilisable et sa généralisation questionne...

 

Dans ce contexte et presque naturellement elle devient une maladie à part entière, depuis quelques années apparaissent "  les maladies de la douleur ": fibromyalgies, syndrômes de fatigue chronique, syndrome poly idiopathique diffus, douleurs chroniques, douleurs diffuses, sont en progression…

L’attitude qui vise à spécialiser ou seulement à induire un mouvement qui consiste à isoler un symptôme (la douleur) voire un état (nous le verrons plus loin) du contexte dans lequel il s’exprime, en lui offrant la possibilité d’exister par lui-même, nous amène à créer de nouvelles pathologies, d’autant plus difficiles à traiter qu’elles sont hors sens.

Ces maladies si elles sont structurées par un diagnostic – diagnostic par défaut - deviennent très difficilement accessibles au soulagement quelque soit son biais (médical, psychique).

Ces diagnostics créent une forme de leurre en étiquetant ce que précisément ils ne peuvent pas expliquer, sorte de " vraie fausse maladie " ne permettant plus au malade, ou du moins plus difficilement, de se dégager de ce miroir aux alouettes et de mettre en lien ce qu’il vit avec son histoire…

 

Parler de douleur nous amène inmanquablement à parler de ces soins que l’on appelle " palliatifs " comme si il pouvait exister des soins de nature différente selon le moment de la maladie.

Le soin quelque soit le moment doit pouvoir intégrer la dimension palliative à savoir la prise en compte des priorités, du sujet et de ses attentes par rapport aux thérapeutiques proposées, de son environnement, … ces préoccupations doivent continuer d’exister tout au long de la prise en charge.

 

Comme pour la douleur une spécialisation inopportune pourrait bien en faire des soins à part et amener à l’émoussement de ce qu’ils étaient sensés promouvoir à savoir l’humanisation des soins par une désimplication soignante pour la relation, pour une prise en charge plus globale, ces soins " spécifiques " étant laissés à des spécialistes, des experts de la relation, de la douleur ou de la fin de vie.

La continuité des soins est à préserver, et cela implique la continuité de la prise en charge pour les malades mais aussi pour les soignants.

Les unités fixes de soins palliatifs, regroupent dans des mêmes unités des personnes dont la perspective commune est de mourir dans un délai relativement court, est-ce cela l’humanisation des soins ? a-t-on pensé aux soignants sur le long terme qui travaillent dans ces lieux ? aux médecins dont la vocation est semble-t-il au départ de soigner mais aussi de guérir? et enfin aux malades qui voient disparaître autour d’eux leurs compagnons d’infortune? Mais est-ce finalement pour eux que ces lieux sont faits?

 

Tout se passe comme si nous dérivions vers l’anesthésie généralisée, anesthésie de toutes les douleurs, des affects, même la douleur morale devient difficilement acceptable et les soignants ont de plus en plus facilement recours aux anxiolytiques pour les malades (les malades seulement?)

L’euthymie (ni trop ni pas assez) deviendrait-il le nouveau bien-être ? le but à atteindre ? l’état de santé ?

 

(1) Echelle d'Evaluation de la Douleur

(2) Questionnaire Saint Antoine

 

Mai 2007

Publié dans actualité, institution, travail de soin, psychologie dynamique | Réagir | Commentaires fermés